Changer de rythme : Le guide complet du slow travel
Si pour toi un voyage réussi consiste à visiter le plus de villes et de monuments possibles en un temps record juste pour rentabiliser ton déplacement, cet article va sans doute te paraître un peu particulier.
Aujourd’hui, on s’attaque à une tout autre façon de voyager : apprendre à ralentir, savourer l’instant présent, réduire son empreinte carbone et vivre des expériences humaines inoubliables. Cet article s’inspire directement de notre échange dans La Boussole, le podcast qui t’aide à planifier tes prochains voyages.
Qui est Corentin Vignal ?
Pour aborder ce sujet en profondeur, j’ai eu le plaisir d’accueillir Corentin Vignal au micro. Corentin est étudiant en Master Management du Tourisme à l’ESCAET et évolue en alternance chez Zen Road Voyages en Immersion. Spécialisé dans le tourisme durable et engagé au quotidien pour une approche responsable du voyage, il a fait du slow tourisme son cœur d’expertise.
Qu’est-ce que le slow tourisme ?
Le slow tourisme se pose en véritable alternative au tourisme de masse traditionnel, ce dernier incitant souvent à voyager en grands groupes de quarante personnes sans se soucier de l’impact environnemental ni du rythme imposé.
Le slow tourisme vient remettre en question cette façon de consommer le voyage pour replacer au centre deux éléments fondamentaux : la réduction de l’empreinte carbone et la transformation de notre rapport au temps.
Sur le plan écologique, cette démarche encourage l’utilisation de mobilités douces comme le train ou le vélo, tout en prenant pleinement conscience des émissions générées par chaque mode de transport.
Sur le plan humain et social, voyager plus lentement permet de sortir de la précipitation du quotidien pour se recentrer sur soi. Au lieu d’enchaîner cinq villages en une journée, on préfère en découvrir deux en profondeur pour en profiter pleinement, rencontrer les acteurs locaux, privilégier des activités authentiques et soutenir l’artisanat des territoires visités.
Mythes et réalités sur le slow travel
Le slow tourisme est-il forcément plus cher que l’avion ?
C’est l’une des premières questions qui vient à l’esprit, mais la réponse dépend du contexte et du type de voyage.
Même si l’avion peut parfois sembler moins cher au premier abord sur certaines liaisons (car il ne faut pas oublier les transports pour aller et partir de l’aéroport, les frais de bagage qui peuvent être en plus…), le train et les mobilités douces s’avèrent très compétitifs selon la destination, la saisonnalité et la manière dont on organise son parcours.
Le slow tourisme invite d’ailleurs à redécouvrir des destinations plus proches de chez soi avec des tarifs très attractifs, ou à optimiser ses dépenses en combinant le coût du déplacement et de l’hébergement grâce aux trains de nuit.
Face à la lenteur du voyage, est-ce qu’on ne s’ennuie pas ?
Lorsque l’on passe plusieurs heures dans un train sans connexion Internet, la question de l’ennui surgit souvent chez les voyageurs habitués à tout rentabiliser. Pourtant, accepter cette lenteur permet de rompre avec la quête permanente de productivité.
Cet espace de temps libéré invite à contempler les paysages qui évoluent à travers la vitre, à lire, à méditer ou à échanger avec ses voisins de compartiment. Loin d’être une perte de temps, ces moments offrent une vraie parenthèse de déconnexion mentale et d’introspection.
Une approche réservée aux longues vacances ?
Il est tout à fait possible d’expérimenter le slow tourisme sans poser trois semaines de congé. Cette philosophie peut s’appliquer juste à côté de chez soi, le temps d’un week-end, au travers d’une randonnée en montagne ou d’une immersion au vert.
Pour des trajets plus longs à travers l’Europe, une durée de deux semaines suffit amplement pour réaliser un grand périple aller-retour tout en profitant des escales et des trajets nocturnes sans jamais se précipiter.
De Marseille à la Moldavie : un cas concret de voyage bas carbone
Le défi du New Explorer Challenge
Pour démontrer la faisabilité d’un grand voyage au long cours en train, Corentin a participé au New Explorer Challenge, un concours qu’il a remporté. L’objectif était d’élaborer un itinéraire le plus bas carbone possible (sans avion ni voiture) avec un budget strict de 80 € par jour incluant le transport, le logement, la nourriture et les activités atypiques.
Corentin a choisi de relier Marseille à Chișinău en Moldavie, un pays méconnu et très peu représenté dans le tourisme.
Une traversée européenne au rythme des rails
Ce périple de deux semaines aller-retour a été jalonné d’escales enrichissantes. Parti de Marseille, Corentin a rejoint Nice, avant d’effectuer la traversée de la frontière italienne à pied entre Menton et Vintimille en raison d’interruptions ferroviaires causées par des orages.
Il a ensuite poursuivi son trajet à travers Milan, Vérone, Innsbruck et Vienne en Autriche, puis Budapest en Hongrie et Bucarest en Roumanie, en prenant le temps d’explorer chaque ville pendant une journée entière.
Le Prietenia, une immersion dans l’histoire des trains de nuit
La frontière entre la Roumanie et la Moldavie s’est faite à bord du Prietenia (« L’amitié » en roumain), l’un des derniers trains de nuit d’ambiance soviétique en Europe. Outre l’atmosphère typique des wagons des années 70-80 et son bar traditionnel, ce train offre une expérience unique lors du passage en douane : les wagons sont surélevés sur crics avec les passagers à bord afin de changer les essieux, l’écartement des rails roumains étant différent du réseau moldave.
Bilan carbone et dépaysement en Moldavie
Sur le plan environnemental, le rapport réalisé par l’organisme partenaire Green Tripper a révélé que ce voyage en train a généré 246 kg de CO2, contre 557 kg de CO2 si le même trajet avait été effectué en avion.
Sur place, Corentin a profité d’un pays très authentique et épargné du surtourisme. Il y a découvert la cave de Mileștii Mici (inscrite au Guinness des records avec ses 200 km de galeries souterraines et ses 2 millions de bouteilles), des lacs de nénuphars protégés, des monastères paisibles entourés de nature, et a pu participer aux danses traditionnelles lors de la fête de l’indépendance du pays.
Comment débuter dans le slow travel ?
Bien comprendre le concept et exiger de la transparence
Avant de se lancer, le premier conseil de Corentin est de bien assimiler les principes du slow tourisme afin de faire des choix éclairés. Si tu choisis de passer par une agence de voyages, n’hésite pas à demander une totale transparence sur l’empreinte carbone émise et à privilégier des circuits opérant en petits groupes (10 à 15 personnes) plutôt qu’en cars de tourisme massifs.
Alléger son programme pour laisser place à l’imprévu
Le secret réside dans le fait de ne pas surcharger ses journées. En se limitant à une ou deux visites principales par jour, on s’accorde des temps de pause, de contemplation et d’échange avec les habitants. C’est en relâchant la pression de l’agenda que le voyage retrouve toute sa saveur et son authenticité.
🎧 Envie de découvrir toutes les anecdotes de ce périple en train ?
Écoute dès maintenant l’épisode complet du podcast La Boussole avec Corentin Vignal pour faire le plein d’inspiration et préparer tes prochains séjours à ton propre rythme !
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